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Guy de Larigaudie

Portrait

 

La figure de Guy, né le 18 janvier 1908, est la figure du scout exemplaire: aventurier de Dieu, qui parcourut le monde avec le Seigneur à ses cotés. Laissons-le parler, il a encore beaucoup de choses à nous dire.

 

"Pour moi, mon vieux", écrit-il à son meilleur ami, "la route à pleins bords, magnifique, passionnante, chaque jour différente. (...) Plus douce que la joie brutale du combat journalier, nous éprouvons aussi, nous sachant les porteurs de rêves de milliers de garçons, la sensation de vivre pour eux quelque chose de rude, de beau et de grand".

 

Il écrit à sa sœur: "J'ai toujours eu, au fond de moi, la nostalgie du Ciel, plus encore maintenant que je connais mieux les beautés du monde. Le Ciel sera l'épanouissement de toutes ces beautés, la vie nous y conduit par un chemin dont nous ignorons la longueur, mais pourquoi m'attrister d'avancer sur cette route puisque la lumière est au bout".

 

"Ma vie toute entière n'a été qu'une longue quête de Dieu. Partout, à toute heure en tout lieu du monde, j'ai cherché sa trace ou sa présence. La mort ne sera pour moi qu'un merveilleux laisser-courre".

 

"La vie idéale est celle où Dieu nous veut, individuellement, nous veut moine, aventurier, cordonnier ou assureur. Tout se joue dans la plénitude de l'amour de Dieu. Peu importe que l'on soit moine ou marié, coureur d'aventure ou biscuitier, il n'est que l'amour de Dieu qui compte. (...) Il semble impossible de passer toute sa vie sans avoir près de soi la douceur d'une présence féminine. On y arrive en tâchant de remplacer le besoin d'amour humain par un profond amour de Dieu. En faisant vraiment de Dieu le compagnon de chaque heure".

 

"La chasteté est une gageure impossible et ridicule si elle n'a pour armature que des préceptes négatifs. Elle est possible et belle et enrichissante si elle s'appuie sur une base positive: l'amour de Dieu, vivant, total, seul capable de contenter l'immense besoin d'amour qui remplit notre cœur d'homme."

 

Et la conclusion sera cette lettre adressée à cette carmélite, sa confidente, très peu de temps avant sa mort :

 

"Ma Sœur,

Me voici maintenant au baroud. Peut-être n'en reviendrais-je pas. J'avais de beaux rêves et de beaux projets, mais, n'était la peine immense que cela va faire à ma pauvre maman et aux miens, j'exulte de joie. J'avais tellement la nostalgie du Ciel et voilà que la porte va bientôt s'ouvrir. Le sacrifice de ma vie n'est même pas un sacrifice, tant mon désir du Ciel et de de la possession de Dieu est vaste.

 

J'avais rêvé de devenir un saint et d'être un modèle pour les louveteaux, les scouts et les routiers. L'ambition était peut-être trop grande pour ma taille, mais c'était mon rêve. (...) Admire et fais tiennes toutes les beautés du monde éparses autour de toi. Tâchant maladroitement de les traduire en pages imparfaites, fais-les monter en humble hommage jusqu'à ton Dieu. Suis la piste tortueuse ou droite que Dieu t'a tracée mais ne quitte pas, cette voie, qui est tienne. Cours l'aventure hardiment et la joie au cœur mais lorsque, l'heure venue, il te faudra passer à la seule aventure qui soit, le don total à Dieu, accepte. Il n'est que Dieu qui compte. Seuls, sa lumière et son Amour peuvent contenter et rassasier notre cœur d'homme, trop vaste pour le monde qui l'entoure".

 

Guy est mort, le 11 mai 1940,pour la France face aux allemands, dans le bois de Musson, à la frontière du Luxembourg, à cheval comme il en avait sans doute rêvé: "Il faut coller à la vie comme à un cheval". Il laisse sur ses pas l'image de la grandeur d'âme et de l'héroïsme, l'image du chevalier chrétien d'aujourd'hui, que doit être un vrai Scout.