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Alexandre Men

Portrait

Le père Alexandre Men fut tué d'un coup de hache au matin du 9 septembre 1990. Il ne plaisait pas aux services secrets du KGB à cause de ses convictions religieuses. Encore plus que sa mort tragique, il convient de se souvenir du grand témoin du Christ et de la Résurrection qu'il fut pour notre temps.

 

Alexandre Men naît le 22 janvier 1935 à Moscou dans une famille d'origine juive. Dans sa jeunesse il étudie la Bible mais il se passionne également pour l'histoire et la biologie ou encore pour la peinture ou les lettres. Dans un contexte farouchement athée il se convertit pour le christianisme.

 

"J'ai vécu a un certain moment ce que l'on pourrait appeler une 'conversion'. Cela s'est produit entre mon enfance et mon adolescence, quand j'ai ressenti douloureusement l'absurdité et la vulnérabilité du monde. j'ai alors couvert des pages entières de poèmes désespérés, inspirés non par des dispositions au pessimisme, mais par la découverte de ce que la vie devient lorsqu'on en met le sens entre parenthèses. C'est alors qu'apparu le Christ. il vint au-dedans de moi avec une force véritablement salvatrice. C'est à ce moment là que j'ai entendu un appel à servir Dieu et que j'ai promis fidélité à cette vocation. Dès lors, elle détermina tous mes intérêts, mes contacts, mes études."

 

Apres avoir été marié et avoir eu deux enfants, il devient prêtre le 1er Septembre 1960. Le père Alexandre Men n'exercera de ministère officiel que dans la campagne autour de Moscou. Il attire cependant à lui quantité d'intellectuels : homme de science, écrivains et artistes.

 

Sa pensée qui se déploie au grand soleil de Dieu, a de quoi séduire des gens qui étouffent sous la chape de plomb de l'athéisme Marxiste: "Je ne comprends pas pourquoi l'on distingue si nettement le profane du sacré... Je dis souvent qu'il n'y a pas pour moi de littérature profane. Toute bonne littérature, que ce soit dans le domaine des belles lettres, de la philosophie ou des sciences, et qui décrit la nature, la société, la connaissance, les passions humaines, ne nous parle toujours que d'une seule et même chose: ' l'unique nécessaire'. De manière plus générale encore, il n'y a pas de vie 'en soi', indépendante de la foi... J'ai toujours aspiré à être un chrétien non pas 'sous les cierges', mais sous le soleil éclatant... Hors de Dieu est la mort, à ses cotés et devant sa face est la vie."

 

Annoncer la Parole de Dieu à l'homme de la rue, mettre l'Evangile à la portée de l'homme d'aujourd'hui dans un langage accessible, telle fut la vocation de ce bon pasteur, de ce prédicateur de ce monde réel.

 

"La Bonne nouvelle est entrée dans le monde comme une force dynamique, englobant tous les aspects de la vie, ouverte à tous ce que Dieu a crée dans la nature et dans l'homme." Fidèle a son Eglise mais héritier du christianisme mondial, il fut un martyr de l'unité de l'Eglise, divisée au plan terrestre mais indivisible dans le Christ.

 

"Dès le début on a essayé d'étouffer le christianisme, mais il a sans cesse resurgi et est ressuscité. J'entend plus exactement , non pas le christianisme, mais le Christ car ils sont indissociables. Son abaissement dans l'histoire fut total, aussi total que le fut sa victoire soudaine. On peut dire que le christianisme est la religion de la mort qui aussitôt se change en vie. Les paroles de l'Apôtre Paul, qu'il appliqua ensuite lui même à l'Eglise, montrent combien la vie du Christ s'est accomplie dans la vie de ses disciples :"on nous a considéré comme morts, mais nous sommes vivants". Ce qu'il disait en son temps c'est répété constamment. Il y a eu d'incroyables déceptions dans l'histoire de l'Eglise, plus d'une fois l'Eglise fut sur le point de succomber, mais par la puissance divine, Elle est toujours ressuscitée, autant de fois ses ennemis extérieurs et intérieurs avaient prévalu contre Elle."

 

Il étudie énormément l'histoire des recherches spirituelles de l'humanité. Il est très proche des enfants et du peuple Russe. Il écrivit beaucoup de livre sur la Bible. Plus qu'un érudit, il se considère comme un"un missionnaire et un catéchète, appelé à une instruction dans la foi à des personnes complètement coupées de leurs racines religieuses et culturelles.

 

Il connaît des moments d'élévation spirituelle, liés a l'eucharistie, à la nature et à l'acte créateur.

 

"Ces trois moments sont pour moi indissociables, car je vie l'eucharistie de façon cosmique, comme la réalisation, comme la réalisation suprême des dons reçus par l'homme: le don de création et le don de grâce, et ce n'est pas par hasard que je site la nature. Sa contemplation, depuis mon enfance, a été ma théologie première. J'entre dans une forêt ou dans un musée paléontologique comme dans un temple. Aujourd'hui encore, un rameau et des feuilles, un oiseau en vol comptent plus pour moi qu'une centaine d'icônes."

 

Il visite régulièrement un hôpital pour enfants et apporte son assistance aux soldats qui rentrent d'Afghanistan, traumatisés et brisés par la guerre. Son zèle et son rayonnement ne sont pas toujours bien vus. Le KGB, police d'état, le talonne et lui adresse des menaces ; les mouvements antisémites gardent ce juifs dans leur mire ; et les éléments traditionalistes de l'Eglise russe n'apprécient pas son ouverture de pensée et ses liens avec les catholiques.

 

Le père Alexandre Men ne regardait pas en arrière il avait la main à la charrue. Il fut tué ainsi le 9 septembre 1990.

 

"Les siècles écoulés depuis le matin de la résurrection en Judée ne sont en réalité que le prologue de la plénitude humaine et divine de l'Eglise, le tout début de ce que Jésus lui a promis. Cette vie nouvelle n'a donné que ses premières et encore tendres pousses, car la religion de la bonne nouvelle est celle de l'avenir. Néanmoins le Royaume de Dieu est déjà là: il est dans la beauté du monde et partout où le bien règne parmi les hommes, dans les vrais disciples de Jésus, dans les saints et les chrétiens authentiques, dans tous ceux qui veulent le suivre et n'abandonnent pas leur maître au milieu des épreuves les plus dures de son Eglise...".